Une place dans la société pour les jeunes des quartiers

Une place dans la société pour les jeunes des quartiers

02 juillet 2019

Économie Emploi et travail Sécurité civile et prévention

Signature d’un contrat de prêt pour Charlotte Thaiawe, aidée par Cinthia Koindredi, conseillère à l’Adie.

Signature d’un contrat de prêt pour Charlotte Thaiawe, aidée par Cinthia Koindredi, conseillère à l’Adie.

Dans le cadre de son plan de prévention de la délinquance et en partenariat avec l’Adie et la province Sud, le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie s’est investi dans le déploiement d’un dispositif d’amorçage de projets de créations d’entreprise au cœur des quartiers sensibles de Nouméa. Sur trois ans, celui-ci vise à faire aboutir 150 des 300 projets identifiés par l’Adie.

« Poursuivre la mise en œuvre de la stratégie emploi et insertion professionnelle (SEIP-NC). » C’est l’action n° 116 du Plan territorial de sécurité et de prévention de la délinquance 2018-2022 (PTSPD) adopté par le Congrès le 12 mars 2018. L’une des actions destinées à « permettre à chaque jeune Calédonien de trouver sa place dans la société » et pour laquelle le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, via la direction de la Formation professionnelle continue (DFPC), a noué un partenariat avec l’Adie. Dans ce dispositif, qui inclut également la province Sud, le gouvernement verse à l’Adie une subvention de 7,5 millions sur trois ans, à charge pour l’association de faire éclore, d’ici à 2022, pas moins de 150 projets de création d’entreprise sur un total de 300 dossiers identifiés.

Mais pas n’importe où. « Notre objectif est d’aller chercher les jeunes oisifs au sein des quartiers les plus sensibles de Nouméa et d’intervenir en amont avant qu’ils ne basculent dans des comportements à risques, et non pas d’essayer de les récupérer une fois qu'ils ont déjà fait des bêtises, indique Sébastien Lemoine, coordonnateur des politiques de sécurité et de prévention de la délinquance au gouvernement. Mais nous souhaitons surtout mettre en avant leurs talents et les aider à monter leur entreprise ».

Les cafés chauds du mardi matin

Pour cela, l’Adie a accentué son action dans des zones à fort potentiel de développement, comme Rivière-Salée où elle a installé une permanence dans la maison de quartier mise à disposition par la Ville de Nouméa. Conseillère en micro-crédits, Cinthia Koindredi y accueille depuis octobre 2018 les chefs d’entreprise potentiels. « On parle de leur situation financière, on voit la viabilité du projet, je leur demande de compléter leur dossier, j’appelle les garants, et si tout le monde est d’accord, j’envoie le dossier à la commission qui se charge ensuite de dire oui ou non. » Et chaque mardi matin à 8 h 30, le rendez-vous des “cafés chauds” permet d’échanger, de tisser du lien, de faire émerger de nouveaux projets. Dès qu’elle a un moment, Cinthia s’efforce également d’aller prospecter dans un autre quartier sensible, la presqu’île de Ducos, à la rencontre d’autres populations très éloignées de l'emploi. « Il faut vraiment qu’on continue à aller au plus proche des gens car tout le monde ne côtoie pas les maisons de quartier », assure-t-elle.

Démystifier la création d’entreprise

« Dans ces quartiers, les projets restent trop souvent dans les tiroirs parce que les jeunes ne savent pas comment s’y prendre, constate Alexandre Rutecki, directeur de l’Adie en Nouvelle-Calédonie et Wallis-et-Futuna. L’ambition du dispositif est d’aller à leur contact et de démystifier la création d’entreprise, en apportant aux gens un service de proximité aussi bien en matière d’accompagnement et de gestion, que de financement qui reste le nerf de la guerre. Nous faisons confiance à des personnes qui n’ont pas accès au crédit bancaire, ce qui fait l’originalité de notre démarche, nous les aidons à franchir certains paliers et à réussir durablement ».

Un véhicule adapté pour la société Vilavi

C’est le cas de Charlotte Thaiawe, 33 ans et originaire de Lifou, titulaire d’un master d’économie obtenu à Montpellier, et revenue au pays en 2013. Depuis l’âge de 15 ans, Charlotte est en situation de handicap et se déplace en fauteuil roulant. En 2017, elle s’est tournée vers l’Adie pour lancer sa structure. Aujourd’hui, elle gère une société de services à la personne, au joli nom de “Vilavi”, à destination des personnes âgées et de celles à mobilité réduite, et qui compte huit auxiliaires de vie salariées. Ce matin, à la maison de quartier de Rivière-Salée, Charlotte aidée par Cinthia (qui, hasard de la vie, était dans la même classe qu’elle au lycée du Grand Nouméa) signe son troisième contrat avec l’Adie. « Ils me prêtent 400 000 francs pour l’achat d’un véhicule adapté qui va permettre de nous développer et de diversifier notre offre de services, se réjouit la jeune femme. Heureusement qu’ils sont là pour me tendre la main, ça me soulage bien dans mes démarches et la paperasse ». L’exemple de Charlotte, rapporté de bouche à oreille, devrait faire écho dans le quartier et susciter d’autres vocations micro-entrepreneuriales…

De gauche à droite : Charlotte, Sébastien Lemoine (gouvernement), Chantal Bruneteau (DEFE province Sud), Alexandre Rutecki et Cinthia (Adie).

De gauche à droite : Charlotte, Sébastien Lemoine (gouvernement), Chantal Bruneteau (DEFE province Sud), Alexandre Rutecki et Cinthia (Adie).

 

Un taux de pérennité de 83 % à deux ans
L’Association pour le droit à l'initiative économique (Adie) prête jusqu'à 1,2  million de francs à toute personne souhaitant créer son entreprise, quel que soit son statut : salariée, micro-entrepreneur, en recherche d’emploi, jeune disposant de peu d’argent, sans formation et même sans garanties. Elle peut intervenir pour de l’investissement en matériel, financer de la trésorerie ou des besoins en fonds de roulement, et ce dans des domaines très variés : secteur primaire (le quart de son activité), services à la personne, commerce, transport, restauration, artisanat, etc. En Nouvelle-Calédonie où l’Adie fait face depuis trois années à une croissance des demandes de prêt de l’ordre de 20 % par an, 83 % des entreprises qu'elle accompagne et finance existent toujours au bout de deux ans.

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