Démantèlement des patrouilleurs P400 : structuration d’une filière d’avenir
Démantèlement des patrouilleurs P400 : structuration d’une filière d’avenir
23 avril 2026
Dans le cadre du démantèlement des deux patrouilleurs P400 La Glorieuse et La Moqueuse, Samuel Hnepeune, membre du gouvernement chargé des questions liées aux infrastructures maritimes et président du conseil d’administration du Port autonome (PANC), aux côtés du capitaine de frégate Grégoire Renaud, directeur du Service de soutien de la flotte en Nouvelle-Calédonie, et d’Emma Hohl, responsable Qualité hygiène sécurité environnement (QHSE) de la société EMC, a présenté les enjeux et avancées de ce chantier majeur lors d’une conférence de presse.
Menée par le Service de soutien de la flotte (SSF), administration de la Marine nationale travaillant au service des Forces armées en Nouvelle-Calédonie (FANC), avec le soutien du gouvernement, cette opération d’envergure vise à dépolluer, déconstruire et valoriser les matériaux des navires dans une logique d’économie circulaire.
Une opération industrielle majeure au service de l’économie locale
Désarmés respectivement en 2019 et 2022 après près de trente années de service, les patrouilleurs P400 ont été remplacés par des unités plus modernes et performantes, dont l’Auguste-Bénébig (avril 2023) et prochainement le Jean-Tranape (arrivée prévue en juin 2026).
La Marine nationale a donc engagé la déconstruction de ces deux anciens patrouilleurs en Nouvelle-Calédonie dont le chantier est piloté par le Service de soutien de la flotte (SSF), responsable de la maintenance et du retrait de service des bâtiments militaires.
Débuté en janvier au petit quai Sud à Nouméa, le chantier s’est poursuivi dès le 24 mars 2026 sur la cale de halage de Nouville. Il devrait s’achever dans le courant de l’année.
Avec près de 500 tonnes d’acier traitées, il s’agit du plus important chantier de démantèlement jamais réalisé en Nouvelle-Calédonie.
Ce projet, d’un montant de 160 millions de francs, a pu être conduit localement grâce :
- aux compétences des entreprises calédoniennes et notamment leur capacité à collaborer étroitement pour obtenir le marché ;
- à une maîtrise technique reconnue ;
- à des coûts compétitifs à l’échelle régionale.
« Nous réalisons ce projet localement car il y a les compétences, mais également parce que c'est compétitif au plan économique. L'argent apporté à travers ce chantier est directement injecté dans l'économie calédonienne. Cela est finalement aussi au bénéfice de la marine et de l'État, puisque ce projet contribue au renforcement des compétences dont nous bénéficierons plus tard », a assuré le capitaine de frégate Grégoire Renaud.
À l’issue de l’appel d’offres lancé en novembre 2025, des entreprises locales ont été retenues :
- EMC, spécialisée dans la valorisation des déchets ferreux, en cotraitance avec AMPE, experte en dépollution, traitement des peintures et désamiantage ;
- SCADEM, spécialisée dans les travaux sous-marins ;
- SORECAL pour la partie remorquage des bateaux ;
- SOCALMO, spécialisée dans le grutage.
Au-delà de sa dimension technique, cette opération contribue directement au développement de l’économie bleue, en générant de l’emploi et en structurant une filière locale de déconstruction navale.
« Ce chantier est une vraie aubaine pour nous. Sans cela, notre entreprise n’aurait surement pas pu perdurer, a indiqué Ludovic Cochard de la société AMPE. Cela fait trois ans que nous travaillons sur la partie technique, sur la partie ICPE, ainsi que sur la réglementation métropolitaine. Avoir été retenus représente donc une immense fierté pour nous ».
Une filière vertueuse
Le démantèlement des P400 constitue une alternative durable à l’ancienne pratique d’« océanisation », qui consistait à immerger les navires en eaux profondes.
Ces bâtiments contenant notamment de l’amiante et des peintures au plomb, leur traitement à terre permet :
- une gestion sécurisée des polluants,
- une traçabilité complète des déchets,
- et une valorisation optimale des matériaux recyclables.
Classé « installation classée » pour la protection de l’environnement (ICPE), la cale de halage permet au chantier de répondre aux exigences réglementaires les plus strictes, en faveur de la protection de l’environnement.
Grâce à cette cale ICPE, le PANC et les entreprises mobilisées disposent d’équipements performants, parmi lesquels :
- un système fixe de récupération et de traitement des effluents (eaux, hydrocarbures, huiles), installé récemment sur la cale de Nouville.
Plus largement, l’industrie navale calédonienne confirme son rôle stratégique dans l’entretien des navires militaires stationnés à Nouméa et dans le développement d’une filière complète de maintenance et de déconstruction.
Renforcer une filière stratégique pour le territoire
Fort de ses infrastructures, notamment ses cales de halage de 200 et 1 000 tonnes, le port dispose d’un fort potentiel de développement dans la maintenance et le démantèlement naval.
« Il s’agit d’un chantier précurseur, du début d’une nouvelle aventure, a indiqué Samuel Hnepeune. Ce projet témoigne de la volonté de la Nouvelle-Calédonie de développer une vraie filière de maintenance navale ».
Plusieurs étapes structurantes ont été engagées :
- 2024 : lancement de la mise aux normes ICPE de la cale 1 000 tonnes, permettant d’accueillir des opérations de démantèlement réglementées ; Septembre 2025 : mise en service d’une plateforme de traitement de 1 000 m² (en cours de finalisation), cofinancée par l’État (investissement de 200 millions de francs). Un espace dédié au traitement des effluents et des eaux de ruissellement accueille au fur et à mesures les éléments des P400 pour les réduire en taille avant de les envoyer à EMC.
- 2025 : création d’un service de nettoyage de coques, répondant aux exigences environnementales des pays voisins (Australie, Nouvelle-Zélande) et favorisant le développement des escales commerciales (nettoyage de Paquebot, mais aussi de porte conteneur)
Ces investissements renforcent l’attractivité du territoire et soutiennent durablement l’emploi local.
Ce chantier de déconstruction des patrouilleurs P400 souligne la coordination étroite entre le Port autonome de Nouvelle-Calédonie (PANC) et le Service de soutien de la flotte (SSF). Ensemble, ils garantissent une gestion rigoureuse des opérations de dépollution et de démantèlement, dans le respect des normes environnementales. La capacité du territoire à conduire des chantiers industriels complexes, structure durablement cette filière stratégique navale locale performante et responsable.
Pour les prochaines étapes, « des études commerciales ont été lancées pour définir l’outil de levage nécessaire pour sortir les navires de l’eau et donc développer l’activité. Nous devons évaluer le potentiel calédonien mais aussi régional, afin de savoir si nous investissons dans un outil de 3 500, 5 000 ou 10 000 tonnes. La Polynésie mène également une réflexion là-dessus et leur choix nous permettra également de nous positionner », a ajouté le membre du gouvernement.
Le port autonome de Nouméa : un hub régional en devenir, levier stratégique pour la Nouvelle-Calédonie
Véritable pilier économique du territoire, le Port autonome de la Nouvelle-Calédonie s’engage dans une transformation ambitieuse visant à renforcer son rôle dans :
- le commerce régional ;
- la croisière ;
- l’innovation maritime ;
- l’aménagement urbain.
Doté d’atouts majeurs, position stratégique dans le Pacifique, infrastructures existantes, deux rades naturelles et plus de 80 hectares de foncier, le port dispose d’un potentiel encore largement sous-exploité, notamment dans :
- la grande croisière ;
- l’accueil de porte-conteneurs de nouvelle génération ;
- le développement de chantiers navals.
Enfin de par son emplacement géostratégique, les services et les aménités qu’elle offre (Bureau Véritas, Affaire maritimes, Hôpitaux, infrastructures diverses …), la Nouvelle-Calédonie a tous les atouts pour prétendre à ce statut d’hub régional.
Cinq axes stratégiques pour accélérer la transformation
Afin de concrétiser cette ambition, cinq orientations prioritaires ont été définies par le gouvernement :
- Moderniser le terminal de commerce pour sécuriser et fluidifier les échanges ;
- Développer la croisière afin de renforcer l’attractivité touristique ;
- Créer un pôle scientifique et technique à vocation régionale ;
- Structurer la filière de maintenance et de déconstruction navale ;
- Repenser l’intégration ville-port dans une logique urbaine durable.