Soudeur, un métier après la prison

Photo de famille, diplôme à la main, devant la camionnette des services techniques dont les stagiaires ont réalisé la galerie.

Photo de famille, diplôme à la main, devant la camionnette des services techniques dont les stagiaires ont réalisé la galerie.

Membre du gouvernement en charge de la formation professionnelle, Jean-Louis d’Anglebermes a remis ce 26 octobre aux détenus du Camp-Est ayant suivi la formation « Premier niveau d’employabilité soudeurs » une attestation de leur certificat de qualification. Un pas décisif vers la réinsertion.

« J’ai un peu plus de trois années de prison derrière moi, je suis sorti en 2016, pour intégrer le Spot puis suivre une formation au pôle de Bourail. Maintenant je suis embauché chez Endel. » Ainsi résumé, le parcours de Dilan, ex-détenu et ancien stagiaire de l’Établissement de formation professionnelle des adultes (EFPA), pourrait bien servir d’exemple. Et encourager les velléités des plus hésitants. « Ce que vous avez fait, c’est déjà bien, vous avez mis un pied dans la réinsertion, continuez maintenant », témoigne-t-il, timidement.

Dilan s’adresse aux six détenus qui, après plus de deux mois de formation, reçoivent ce matin une attestation de leur certificat de qualification de soudeur. Pour certains, leur tout premier diplôme. Au départ, ils étaient huit. Sélectionnés par la direction du Camp-Est et le Service pénitentiaire d'insertion et de probation (SPIP). L’un a dû arrêter, l’autre a été libéré la semaine dernière.

« Au départ, pour s’initier à la soudure à l’arc, on a fait beaucoup d’éprouvettes », indique Marc Lamotte, l’un des deux formateurs de l’EFPA, qui avoue avoir été « très agréablement surpris de trouver un public aussi motivé ». « Ça fait plaisir de travailler avec des gens qui ont envie. Et comme ils étaient très demandeurs, on est passé à du concret : la réalisation de la galerie de la camionnette des services techniques, ou la construction d’un carport. »

De l’ombre de la cellule à la lumière du poste à souder

Autre formateur de l’EFPA, Xavier Boivent est ensuite intervenu pour faire passer la qualification.  « Une qualification spécialisée sur les structures métalliques et les soudures en angles, qui répond à des normes européennes, et contrôlée par un organisme qui a fait une macrographie de la soudure pour déterminer si elle correspondait à la qualité exigée. » Plus méritant de tous les stagiaires, Tony, 34 ans, enchaînera sur une autre formation qualifiante, en soudure industrielle, au pôle de Bourail, auprès de Xavier. Il commence le 3 décembre, pour un nouveau stage, de huit mois. « C’est moi qui l’ai demandé, explique-t-il. J’ai montré que j’en voulais ! Mon but, c’est de travailler à nouveau dans la prospection sur site minier, mais avec un diplôme de soudeur, ou bien dans le BTP ». Au Camp-Est depuis novembre 2017, Tony a bénéficié d’un aménagement de peine et devrait être libéré à l’issue du stage.

Jusque-là, Brian, enfermé pour deux ans, ne faisait rien ou presque de ses journées. Cette formation intensive – sept heures par jour – lui a permis de sortir de sa cellule, meubler son oisiveté et, derrière l’arc de lumière du poste à souder, envisager un avenir moins sombre. « Je sors au mois d’août. J’espère qu’avec mon diplôme je pourrai trouver un petit boulot dans la soudure. »

Faire passer le message

Directeur adjoint de l’EFPA, Pascal Velasco confie qu’il aimerait retrouver un tel investissement dans toutes les formations de son organisme et se félicite de la collaboration avec la société Endel qui a ouvert ses portes aux stagiaires, pour une découverte de l’univers et des exigences d’une grosse entreprise. De son côté, Régis Baudoin, directeur de l’établissement pénitentiaire, souhaite renouveler l’an prochain « une expérience valorisante qui nous encourage à poursuivre les efforts, même si ce n’est pas facile tous les jours ». Se tournant vers les six stagiaires : « À vous de promouvoir ce que vous avez fait, de faire passer le message aux autres détenus en leur disant que même incarcérés ils peuvent bénéficier d’une formation qui leur permette de s’en sortir ».

« Il y a toujours une solution »

« Vous nous prouvez aujourd’hui que nous avons eu raison de vous faire confiance au moment de la mise en place de cette formation », a déclaré Jean-Louis d’Anglebermes en remettant leur diplôme aux six stagiaires. « Quelle que soit la situation, en matière d’insertion de la jeunesse il y a toujours une solution, a-t-il assuré. Vous l’avez démontré ». Le membre du gouvernement en charge de la formation professionnelle a insisté sur la nécessité de se tourner vers les services de la Nouvelle-Calédonie en cas de problème. « N’hésitez pas à vous rapprocher de nous si vous rencontrez des difficultés. Nous serons toujours prêts à vous aider. » En matière d’accompagnement et de suivi, l’IDC-NC, représenté par Carole Bernardin, joue aussi un rôle essentiel : « Nos conseillères ont rencontré les détenus individuellement, écouté chaque projet, et organisé des ateliers collectifs pour l’écriture d’un CV. Nous avons donné des outils aux stagiaires, avec pour objectif qu’ils deviennent autonomes et n’aient plus besoin de nous ».

Jean-Louis d’Anglebermes a remis à chaque détenu une attestation du certificat de qualification de soudeur.

Jean-Louis d’Anglebermes a remis à chaque détenu une attestation du certificat de qualification de soudeur.

 

Une formation de 385 heures

Du 13 août au 26 octobre 2018, cette formation de 385 heures (35 par semaine) se composait d’un module d’accueil d’une semaine consacré à l’évaluation des stagiaires et à la présentation des règles de sécurité, et d’un module de 280 heures destiné à apprendre à souder à plat des ouvrages métalliques. Alors que la direction de la Formation professionnelle continue (DFPC) de la Nouvelle-Calédonie a financé la formation à hauteur de 4,255 millions de francs, l’EFPA a mis à disposition un vrai plateau technique composé de huit postes à soudure et d’un système d’aspiration, l’administration pénitentiaire apportant de son côté 6 millions de francs. Les détenus ont ainsi bénéficié d’une indemnité mensuelle de 15 000 francs.

 

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