Lever le tabou des règles à l’école

Lever le tabou des règles à l’école

03 mai 2021

Éducation et formation Santé et social

Isabelle Champmoreau et Érick Roser ont présenté l’opération «  Changeons les règles » le 30 avril au collège de Rivière-Salée en présence des partenaires.

Isabelle Champmoreau et Érick Roser ont présenté l’opération « Changeons les règles » le 30 avril au collège de Rivière-Salée en présence des partenaires.

Aider les jeunes filles en situation de précarité menstruelle et favoriser une approche bienveillante de la puberté, telle est l’ambition de l’opération multipartenariale « Changeons les règles ». Initié par le gouvernement et le vice-rectorat, ce programme expérimental est déployé au sein d’établissements scolaires pilotes.   

À l’instar de nombreux pays, la Nouvelle-Calédonie agit contre la précarité menstruelle, pour venir en aide à toutes celles qui n’ont pas les moyens de s’acheter des protections hygiéniques. Selon des études métropolitaines, 30 % des femmes en sont ou en ont été victimes. Près de 13 % des étudiantes ont même dû choisir entre des protections et un autre produit de première nécessité. « Nous constatons un taux élevé d’absentéisme des  jeunes filles à l’école ou lors des  stages professionnels parce qu'elles ne peuvent pas avoir accès à des protections périodiques, a signalé Isabelle Champmoreau.  Avec nos équipes (lire l’encadré), nous avons souhaité que l’action "Changeons les règles" comporte aussi un volet éducatif. En effet, la distribution gratuite de ces produits dans les établissements scolaires doit s’accompagner d’une sensibilisation et d’une information complète sur le sujet », a insisté la membre du gouvernement en charge de l’enseignement, initiatrice du projet. « D’autant qu’une enquête diagnostic, menée en amont par nos expertes en charge de ce dossier auprès des élèves calédoniens, révèle que 14 % d’entre eux ne savent pas pourquoi les filles ont leurs règles et pas les garçons. Ils sont 20 % à penser que c’est sale, et 5 % à croire que c’est une maladie » poursuit-elle.

Un réel intérêt pour le sujet

Depuis deux semaines, des séances d’information et de discussions sur la puberté en général et les menstruations en particulier ont donc débuté. Elles vont se poursuivre tout au long de l’année au sein de trois collèges du Grand Nouméa engagés dans la démarche du Comité 3E (Éducation à l’égalité à l’école) et d’un bassin pilote à Rivière-Salée associant deux écoles primaires, un collège et un lycée. Ces interventions sont animées par le Comité de promotion de la santé sexuelle (CP2S). « D’une durée de deux heures, elles se déroulent en classe non mixte car l’objectif est de libérer la parole. En fin de séance, il y a un temps de regroupement pour que les filles et les garçons prennent conscience des préoccupations de l’autre sexe et échangent, détaille Amélie Gauquelin, directrice de l’association.  « Il y a toujours une gêne au premier abord, mais elle tombe vite et les jeunes montrent un réel intérêt et posent beaucoup de questions. Sur les 93 élèves de 6e et de 5e que nous avons déjà rencontrés, 98 % estiment avoir appris des choses qui vont leur servir plus tard ».

 

Marie-Hélène et Sylvain (à droite) ont déjà participé à une séance d’information.

Marie-Hélène et Sylvain (à droite) ont déjà participé à une séance d’information. 

 

Distribution de produits

En parallèle de ces rencontres, l’association va travailler, en collaboration avec des élèves volontaires, sur la création d’un livret pédagogique sur la puberté et les menstruations. Pour les enseignants, une base de ressources pédagogiques sera constituée afin qu’ils puissent aborder le sujet dans leurs classes. À l’issue des séances de formation, des protections périodiques seront distribuées gratuitement aux jeunes filles. « Ce projet répond vraiment à trois objectifs de politiques publiques : la  promotion de l’égalité entre les filles et les garçons, mais aussi la santé scolaire, pour aider les élèves dans leur réussite au quotidien. Enfin, il s’inscrit aussi dans la prévention des violences conjugales car apprendre très jeune à connaître son propre corps et celui de l'autre, c’est aussi apprendre à respecter l’autre à l’âge adulte », a rappelé Isabelle Champmoreau en charge de la lutte contre les violences intrafamiliales au gouvernement.

L’objectif est d’étendre progressivement cette opération à l’ensemble des trois provinces. D’autres projets sont à l’étude sur le sujet de la précarité menstruelle comme l’installation d’un distributeur automatique de protections dans un établissement volontaire, ou encore, dans le domaine de la fiscalité, l’exonération de TGC sur ces produits.

 

Les clubs Kiwanis de Païta et de Nouméa, le comité 3E et la société Cellocal sont partenaires sur le projet.

Les clubs Kiwanis de Païta et de Nouméa, le comité 3E et la société Cellocal sont partenaires sur le projet.

 

 

 

Un partenariat public et privé

Coordonnée par le Comité 3E (Égalité à l’éducation à l’école), l’opération « Changeons les règles » implique un groupe de travail, composé d’experts du vice-rectorat, de la direction de l’Enseignement, de l’Agence sanitaire et sociale (ASS) et du Comité de promotion de la santé sexuelle (CP2S). Ses propositions d’actions reposent sur la base d’une enquête diagnostic menée en octobre 2020 auprès d’élèves calédoniens. Avec le soutien des clubs Kiwanis de Païta et de Nouméa, une séance de formation pourra également avoir lieu auprès des internes du lycée professionnel Petro-Attiti. Enfin, la distribution de pochettes d’échantillons de protections hygiéniques a été rendue possible grâce à la contribution de la société Cellocal. « Le partenariat est vraiment le maître mot de ce projet », a souligné le vice-recteur, Érick Roser.

 

Témoignages

Marie-Hélène et Sylvain, élèves de 5e au collège de Rivière-Salée, ont participé à l’une des premières séances d’information sur la puberté et les menstruations.

« C’était bizarre de parler de ça au collège, mais j’ai appris des choses sur mon corps, par exemple comment les règles font pour sortir. Je vais en parler à la maison », explique Marie-Hélène. Pour Sylvain, « ce n’était pas un sujet facile. On n’en parle pas beaucoup au collège. Maintenant, je comprends mieux, donc je peux aider les filles quand elles ont leurs règles ».