Tous réunis autour de la délinquance

Tous réunis autour de la délinquance

05 avril 2019

Éducation et formation Jeunesse et sports Sécurité civile et prévention Société

C’est la première fois qu’une telle réunion était organisée à l’échelle du pays.

C’est la première fois qu’une telle réunion était organisée à l’échelle du pays.

Co-présidé par le président du gouvernement Philippe Germain, et le haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie Thierry Lataste, le tout premier Conseil territorial de sécurité et de prévention de la délinquance s’est réuni ce 4 avril à la CPS. L’occasion de dresser un bilan de l'année écoulée et de fixer les priorités pour 2019.

L’objectif de ce premier conseil territorial était surtout de présenter à l’ensemble des acteurs présents – communes, provinces, Sénat coutumier, aires coutumières, associations… – l’arsenal d’outils mis à leur disposition. Avec le lancement du Plan territorial de sécurité et de prévention de la délinquance 2018-2022 (PTSPD) en mars 2018, la Nouvelle-Calédonie s’est en effet dotée pour la première fois d’une politique de prévention à l’échelle du pays, ayant pour objectif d’inverser la courbe de la délinquance et de changer le comportement des Calédoniens face aux conduites à risques, à l’aide d’une imposante boîte à outils. « Il fallait […] mettre en œuvre une véritable politique publique susceptible de produire un impact à court, voire à moyen terme, sur cette délinquance qui gangrène aujourd’hui notre société et conduit nos jeunes à s’écarter du chemin tracé auparavant par les religions et la coutume, rappelle Philippe Germain. Toutes les mesures que nous avons prises ont été difficiles, car peu populaires et combattues, mais nous avons eu le courage de les prendre et, aujourd’hui, nous enregistrons les premières victoires ».

72 actions réalisées, 63 en cours, 4 à partir de 2020

Grâce au travail du gouvernement, de l’État, des provinces, des communes, du Sénat coutumier et des aires coutumières qui se sont réunis chaque mois depuis avril 2018, sur les 139 actions recensées par le PTSPD, 72 actions ont été accomplies, 63 sont en cours de réalisation et 4 seront mises en œuvre à partir de 2020.
Dans le domaine de l’amélioration de la gouvernance, 11 des 15 actions préconisées ont été réalisées. Comme la mise en place d’un conseil restreint de sécurité et de prévention de la délinquance – il rassemble les coordinateurs de chaque collectivité –, le soutien financier apporté aux communes, ou encore un vaste état des lieux des études et actions publiques conduites en Nouvelle-Calédonie mais aussi des dispositifs innovants déployés sur d’autres territoires.

Le rôle de #ZéroTolérance

En matière de trop grande tolérance face aux addictions et aux conduites à risques, et de changement de comportements, 6 des 9 actions identifiées ont été effectuées. « En moins d’un an, le mouvement #ZéroTolérance a investi tous les terrains dans le but de démultiplier les messages de prévention auprès des jeunes, note le président du gouvernement. Les premiers résultats sont très encourageants, notamment dans la mobilisation citoyenne qu’a suscitée cette association, mais ce n’est véritablement qu’à l’aune d’une génération que nous pourrons mesurer les effets de cette mesure ».

Par ailleurs, dix jeunes éloignés de l’emploi ont été recrutés dans le cadre du dispositif du Service civique universel de l’État, en partenariat avec Le Chapitô et Pacifique et Compagnie, afin de monter une pièce de théâtre interactive sur le thème de la lutte contre les violences. Elle tournera sur tout le territoire. Première prévue fin mai. 

Durcissement de la réglementation

La lutte contre les violences et les addictions, en particulier par le renforcement de la réglementation, a fait l'objet de 72 actions dont près de la moitié ont été réalisées. L’augmentation de la fiscalité sur les boissons alcoolisées, l'interdiction de leur publicité et de leur promotion ou encore la limitation des volumes de vente afin de lutter contre le marché noir, auront permis d'enregistrer en 2018 de spectaculaires baisses des importations et des consommations. Signalons aussi le durcissement des sanctions contre les jeunes conducteurs en cas de conduite sous l’influence de l’alcool (amende de 15 000 francs et retrait du permis de conduire pour une durée de 6 mois), ainsi que le premier arrêté d’interdiction de consommation d’alcool dans certains lieux publics de Dumbéa, récemment pris par le gouvernement.

Accompagner notre jeunesse

Une partie majeure du PTSPD concerne l’accompagnement de la jeunesse. « Il nous est apparu indispensable de ne pas stigmatiser cette jeunesse en perte de repères, mais de tout mettre en œuvre pour développer son sentiment d’appartenance à une communauté de destin », indique Philippe Germain. La moitié des 43 actions prévues ont été concrétisées, notamment au collège et au lycée, suite à la signature en mars 2018 d’une convention-cadre contre le décrochage, les incivilités et la violence en milieu scolaire (création du parcours civique scolaire, éducation à l’égalité à l’école, mise en place de référents harcèlement et de protocoles en cas de crise, etc.).
Parmi les autres mesures d’accompagnement, linsertion d’une clause dans les marchés publics afin de réserver des quotas pour les structures d’insertion par le travail, l’ouverture de 200 places supplémentaires au sein du Service civique universel de l’État, l’inauguration le 10 avril prochain à Bourail d’une unité supplémentaire du Régime du service militaire adapté (RSMA)… mais surtout la mise en place du programme « Sport pour tous » pour lequel trois coordonnateurs sportifs et quinze éducateurs sportifs ont été recrutés dans les communes (ils seront 21 en 2019). Ce dispositif a pour ambition de lutter contre l'oisiveté, tout en favorisant une meilleure santé et la cohésion sociale.

Peut mieux faire

« La tâche est immense, mais je crois pouvoir dire qu’une dynamique vertueuse s’est installée au cours de l’année écoulée, résume le haut-commissaire Thierry Lataste. Les problématiques ont été mises sur la table, des solutions originales ont été élaborées et une mise en mouvement des acteurs a été engagée. […] Il était nécessaire qu’une prise de conscience “pays” puisse voir le jour. […] » Mais pour le représentant de l’État, « les différents outils mis à la disposition des maires […] peinent encore à être déployés, en particulier les rappels à l’ordre et les alternatives aux poursuites judiciaires. […] Un véritable partenariat avec les autorités coutumières peine encore à voir le jour  […]. En matière d’aide sociale à l’enfance, beaucoup reste encore à faire par les provinces pour mettre en place, en lien avec la justice, une véritable politique de signalement des situations de carence éducative, sanitaire ou affective ».

Constat corroboré par le président du gouvernement : « Il appartient à chacun d’entre vous de s’emparer de cette politique de prévention de la délinquance, d’utiliser les outils qui ont été mis à votre disposition et de prolonger les actions du PTSPD entre collectivités, avec les associations, les coutumiers et les familles. Il nous faut réinstaurer ce respect et ces valeurs dont manquent bien trop souvent nos jeunes. Mais n’oublions pas, les enfants ne naissent pas délinquants et les parents ne les éduquent pas à le devenir ».

 Le procureur Alexis Bouroz, le haut-commissaire Thierry Lataste, Philippe Germain et Sébastien Lemoine, coordonnateur pour le gouvernement.

le procureur Alexis Bouroz, le haut-commissaire Thierry Lataste, Philippe Germain et Sébastien Lemoine, coordonnateur pour le gouvernement.

 

Le haut-commissaire a insisté sur la nécessité de travailler « beaucoup plus et beaucoup mieux » entre autorités coutumières et autorités publiques.

Le haut-commissaire a insisté sur la nécessité de travailler « beaucoup plus et beaucoup mieux » entre autorités coutumières et autorités publiques.

 

Les violences faites aux femmes, grande cause 2019
Coordonnateur des politiques de sécurité et de prévention de la délinquance pour le gouvernement, Sébastien Lemoine ne cache pas sa satisfaction « de voir tous les acteurs s’être approprié le dispositif, travailler collectivement à la résolution de problématiques et obtenir ensemble de premiers résultats ». En 2018, la première des priorités aura été l’alcool, présent dans la plupart des crimes et délits, les accidents, les violences intrafamiliales. « Il fallait donc agir vite, ce qu’a fait le gouvernement en donnant les outils aux communes, aux provinces, qui s’en sont emparées. » Résultat, une baisse encourageante des IPM (ivresse publique manifeste) sur Nouméa et des atteintes aux biens. « Les actions qu’on a menées participent à des évolutions favorables, mais il est encore trop tôt pour s’en féliciter, les chiffres demeurent très fragiles, les diminutions doivent s’inscrire dans la durée. »
Pour 2019, « un accent particulier est mis sur les violences faites aux femmes ». De nouveaux moyens ou structures vont voir le jour, comme le Dispositif d’accueil des victimes (DAV), adossé au CHT, le Téléphone grand danger (TGD) pour les victimes de violences et les personnes menacées, ou encore la brigade de protection des familles en gendarmerie. Objectif pour le coordonnateur, « structurer cet ensemble pour le rendre beaucoup plus efficient ».
 

Sébastien Lemoine, coordonnateur du secteur pour le gouvernement.

De 2017 à 2018
- Atteintes aux biens (cambriolages, vols de voiture, dégradations…) : - 1,7 %
- Atteintes volontaires à l’intégrité physique : + 4,8 %
- Violences physiques non crapuleuses (le plus souvent dans le cadre intrafamilial) : + 4,1 %
- Importations et consommations d’alcool : - 40,2 % alcool fort ; - 32,7 % vin ; - 15,1 % bière.
- « IPM » à Nouméa : - 17 % (en 2017, Nouméa comptait 50 fois plus d’IPM qu’en Métropole)
- Nombre d’accidents de la circulation : + 20 %
- Nombre de blessés : + 15 %
- Accidents mortels de la circulation liés à l’alcool : - 10 %

Police de sécurité au quotidien
Quelques mesures concrètes mises en place en 2018 :
-  Création d’un groupe de sécurité de proximité (GSP) de 15 policiers dans le secteur de Pierre-Lenquette-Montravel-Tindu, retenu parmi les 15 premiers quartiers de reconquête républicaine qui bénéficient d’une mobilisation et de moyens renforcés depuis le 1er septembre 2018 ;
-  Mise en place d’une unité canine légère, composée de sept fonctionnaires et de deux chiens ;
-  Ouverture d’une cellule de contact, au sein des brigades de gendarmerie de Dumbéa et de Pont-des-Français ;
-  Développement du dispositif « Participation citoyenne » au Mont-Dore et à Rivière-Salée, pour associer les habitants à la préservation de la tranquillité publique ;
- Formalisation d’un partenariat avec le parquet et le gouvernement pour favoriser le développement des « alternatives citoyennes », pour les faits d’incivilité et de petite délinquance. Un exemple : les jeunes impliqués dans des départs de feux de brousses devront participer à des opérations de reboisement ;
-  Mise en application des travaux d’intérêt général (TIG) en tribu ;
- Inauguration ce 5 avril (photo ci-dessous) de l’antenne de la Brigade de prévention de la délinquance juvénile de Koné (6 gendarmes) et du Peloton motorisé de Koné (6 gendarmes également), en fonction depuis le 1er octobre dernier.

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Le Plan territorial de sécurité et de prévention de la délinquance 2018-2022
Porté par le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, le PTSPD a été adopté par les élus du Congrès le 12 mars 2018. Ce plan comprend quatre grandes orientations déclinées en 139 actions, dont une grande partie concerne la jeunesse. Elle s’appuie sur les politiques publiques existantes qu’elle doit irriguer notamment dans les domaines de l'éducation, du sport ou de la santé. La mise en œuvre du PTSPD par le gouvernement est entièrement financée par l’augmentation des taxes sur l’alcool votée par les élus du Congrès, le 29 décembre 2017. Au total, ce sont plus de 337 millions de francs qui seront engagés en 2019 en soutien de ce plan, dont près de 160 directement versés aux provinces et communes.