De l’eau dans le gaz à Numbo

De l’eau dans le gaz à Numbo

22 juin 2017

Sécurité civile et prévention

Mise en action du lance-canon à mousse.

Mise en action du lance-canon à mousse.

Un exercice de terrain, entrant dans le cadre du plan particulier d’intervention (PPI) du bassin industriel de Numbo (Ducos), s’est déroulé ce jeudi matin. Les opérations de secours étaient coordonnées par la direction de la Sécurité civile et de la gestion des risques (DSCGR). La nappe d’hydrocarbures enflammés qui menaçait de faire exploser une cuve de gaz de 4 000 m3 a pu être éteinte à temps…
Numbo, 7 heures du matin, on signale un “AVP VL-TMD”. Un accident de la voie publique vient en effet de se produire entre une voiture et un véhicule de transport de matières dangereuses. Ce dernier sortait du dépôt de gaz, à quelques pas du dépôt pétrolier. Le choc a provoqué une fuite d’hydrocarbures au sol et un départ de feu à l’arrière du camion-citerne. Alors que les pompiers prennent rapidement en charge les deux conducteurs blessés, Sogadoc (Société des gaz d’Océanie) déclenche son POI (plan d’opération interne) et met en place un dispositif de refroidissement, des rideaux d’eau s’abattant sur les rangées de bouteilles de gaz. Mais la nappe d’hydrocarbures enflammés fait planer une sérieuse menace sur la cuve n°3 et ses 4 000 m3 de gaz. Le risque majeur consiste en une explosion de type Bleve (Boiling Liquid Expanding Vapor Explosion), due à la mise en pression de la cuve par la chaleur. Vite dépassé par la tournure dramatique que prennent les événements, l’industriel alerte la Sécurité civile pour activation du PPI (plan particulier d’intervention) et déclenche la sirène. Une sirène toute neuve, testée pour la toute première fois, qui se fera désormais entendre chaque premier mercredi du mois à midi.

1,6 km de tuyaux déroulés

 
Évacuation des lieux, il est 7 h 49 et l’exercice de terrain organisé par la direction de la Sécurité civile et de la gestion des risques (DSCGR) de la Nouvelle-Calédonie, afin de valider le PPI du bassin industriel de Numbo, prend un tour nouveau. Seule capable d’éteindre un feu de ce type, la Sécurité civile mobilise immédiatement tous ses moyens. Elle va assurer le commandement des secours, le groupe « liquide inflammable » se chargera de l’extinction de l’incendie. Pris dans les embouteillages et escortés par la police nationale, les véhicules de la DSCGR arrivent sur Numbo vers 8 h 20. Une motopompe remorquable d’une tonne s’installe devant la mise à l’eau, tout près d’une société de loisirs nautiques, à environ 800 m du lieu de l’accident. L’eau de mer aspirée sera remontée sur la route par deux tuyaux parallèles de 400 m de long jusqu’à une « berse » où elle sera mélangée instantanément à un produit émulseur fabriqué à partir de carcasses animales. Une mousse 100 % bio est rapatriée à son tour par deux autres tuyaux de 400 m depuis la berse jusqu’à un lance-canon positionné face au dépôt.

Il neige sur Numbo !

9 h 15, sous la responsabilité de Laurent Thomas qui dirige la colonne de renfort, le groupe mousse se déploie. Il neige sur Numbo, une mousse aux effluves étranges de sang de bœuf forme un tapis qui va lentement recouvrir la nappe d’hydrocarbures en feu. « Cela permettra d’éviter que tout s’embrase par effet domino et que l’industriel perde son exploitation », explique le capitaine. Durant l’exercice, de jeunes observateurs de la DSCGR ont été déployés. Principale mission, informer la population – 200 résidents sur la zone concernée et quelque 1 000 travailleurs quotidiens sur le bassin – et prévenir toute panique ou tout sur-accident, suite au déclenchement de la sirène (audible dans un rayon de 2 km). Au sommet du col de Numbo, Danilo Guépy, commandant des opérations de secours, supervise l’opération, dans le PC de colonne, au bord du périmètre d’exclusion d’1,2 km. De son côté, Éric Backès prend le pouls des différentes équipes. « Cet exercice aura permis de déterminer, en situation réelle, le mode opératoire le plus approprié, et de proposer des pistes d’améliorations », indique le directeur de la DSCGR. Parmi les recommandations qui devraient être préconisées avant signature du PPI par le président du gouvernement, figurera vraisemblablement la nécessité de disposer d’une zone d’aspiration plus proche des dépôts de gaz et d’hydrocarbures. Ce qui réduirait grandement les délais d’activation du canon à mousse.
 

 

Témoignages

  • Régis Lécrivain, responsable du service de la planification des risques technologiques et naturels à la DSCGR : « L’exercice a plusieurs objectifs : tester tout ce qui a été rédigé depuis plus d’un an dans le cadre du PPI, à travers le comité technique composé des différents acteurs pouvant être impactés (industriels, secours…), mais aussi améliorer le processus d’alerte de la population et l’informer sur les conduites à adopter ».
Pompier

 

  • Marie Chantepie, responsable HSE (hygiène, sécurité, environnement) à Sogadoc : « Le but est de tout mettre en œuvre pour ne jamais avoir à déclencher le plan d’urgence. Nous avons identifié douze scénarios différents, et chaque mois nous en éprouvons un. On travaille sur le PPI avec la DSCGR depuis janvier 2015 et sur cet exercice depuis un mois et demi. Le PPI permet aussi de clarifier certains aspects de notre partenariat avec les pompiers, la Sécurité civile, etc. ».

 

 

Le troisième PPI 

Pompier

 

Le PPI est un plan de secours mis en œuvre sous la responsabilité du président du gouvernement et établi à partir de scénarios d’accidents identifiés par l’exploitant et validés par les services de la Dimenc*. Il vise à assurer la protection générale des populations, des biens et de l’environnement, et à définir l’organisation des secours publics dans l’hypothèse où un sinistre menacerait de s’étendre au-delà des limites géographiques du site impacté. Le PPI de Numbo, le troisième après ceux mis en place à Vale et à la SLN, est le premier relatif à un bassin industriel. Il se justifie par la présence dans la zone de trois sociétés de type Seveso (à haut risque industriel) : Sogadoc, le dépôt pétrolier de la baie des Dames et Gazpac. Une fois le PPI de Numbo validé, il sera temps de se consacrer au suivant, lequel devrait concerner l’usine de Vavouto.

* Direction de l’Industrie, des mines et de l’énergie