Plan territorial de sécurité et de prévention de la délinquance 2025-2028 : point de situation sur les orientations
Plan territorial de sécurité et de prévention de la délinquance 2025-2028 : point de situation sur les orientations
20 mai 2026
Les partenaires du Plan territorial de sécurité et de prévention de la délinquance (PTSPD) ont effectué un point de situation des actions du plan 2025-2028, mardi 19 mai au Médipôle. L’occasion également de signer une convention de financement pour l'acquisition d'un appareil d'analyse toxicologique destiné au laboratoire de toxicologie du CHT Gaston-Bourret. Une avancée majeure pour la justice calédonienne.
Dans le cadre de la présentation du point d’étape du PTSPD 2025-2028, Isabelle Champmoreau, membre du gouvernement chargée de la protection de l’enfance et des sujets liés à la famille, a dévoilé aux côtés de Jacques Billant, haut-commissaire de la République le contexte et les enjeux de la sécurité en Nouvelle-Calédonie à travers des chiffres clés.
La délinquance en Nouvelle-Calédonie reste principalement urbaine, localisée et non structurée, fortement liée à la consommation d'alcool et de cannabis. Elle s'apparente majoritairement à une délinquance d'opportunité, spontanée, dont l'anticipation et le traitement demeurent complexes pour les forces de sécurité.
Chiffres clés du bilan de la délinquance 2025
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2 840 victimes de violences intrafamiliales constatées |
-15,82 % de violences conjugales vs 2023 |
+23,20 % de violences sexuelles enregistrées vs 2024 |
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+46,67 % de hausse des cambriolages de logements vs 2023 |
212 kg de cannabis saisis en 2025 |
−76 % d’incendies volontaires vs 2024 |
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−48 % destructions et dégradations de biens vs 2024 |
−11,56 % cambriolages locaux professionnels vs 2023 |
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Le Plan territorial de sécurité et de prévention de la délinquance
Le PTSPD permet de fixer un cadre stratégique de prévention à l’échelle pays, avec l’objectif d’inverser la courbe de la délinquance et de changer le comportement des Calédoniens face aux conduites à risques.
Co-piloté par l'État (haut-commissariat) et le Gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, il mobilise un écosystème partenarial large :
- l’État : haut-commissariat, Parquet, douanes, police nationale, gendarmerie, service pénitentiaire d’insertion et de probation (SPIP), centre pénitentiaire ;
- la Nouvelle-Calédonie : gouvernement (plusieurs directions mobilisées), le Congrès, le CESE ;
- des établissements publics : le centre hospitalier territorial (CHT) Gaston-Bourret, l’agence sanitaire et sociale (ASS-NC) ;
- les provinces ;
- les associations de maires ;
- le Sénat coutumier
Le PTSPD 2025-2028 : des actions concrètes et mesurables
Une méthode pragmatique et resserrée a été arrêtée lors du comité de pilotage du 27 mai 2025, avec un portefeuille limité de 7 à 10 actions concrètes, sélectionnées pour leur impact mesurable, avec un suivi trimestriel et une validation progressive.
La lutte contre les addictions — particulièrement l'alcool — a été identifiée comme la priorité absolue du plan territorial. Toutes les actions du PTSPD s'inscrivent dans cette approche transversale.
Isabelle Champmoreau explique l’approche employée pour le PTSPD 2025-2028 : « Il y avait déjà un PTSPD qui comportait environ 130 actions. Il était donc difficile à mettre en œuvre et les effets étaient difficilement mesurables. Nous avons décidé, avec les partenaires, de réduire la feuille de route à dix actions, avec un axe prioritaire et transversal : la lutte contre les addictions, en ciblant particulièrement les publics jeunes. On constate que l’alcool et les stupéfiants sont en effet impliqués dans de nombreux faits de violence ».
Un nouvel appareil toxicologique : une avancée en matière d’investigation judiciaire
Plusieurs actions ont déjà été menées dans le cadre de la feuille de route du PTSPD. La convention de financement pour l'acquisition d'un appareil d'analyse toxicologique destiné au laboratoire de toxicologie du CHT Gaston-Bourret signée ce jour en fait partie. Elle représente une avancée majeure pour la justice calédonienne.
Actuellement, le laboratoire de toxicologie du CHT est équipé d'appareils anciens et partiellement obsolètes, dont certains datent de 2004. Ces équipements ne permettent plus de répondre aux exigences techniques, réglementaires et judiciaires en vigueur.
Pour la membre du gouvernement chargée de la protection de l’enfance et des sujets liés à la famille, « cet appareil va permettre d'aller plus loin dans l'analyse au niveau des stupéfiants, avec auparavant des analyses qui partaient en métropole. Donc ça, c'est très important pour avoir des informations en matière judiciaire, mais aussi pour lutter contre l’insécurité routière ».
La solution : un LC-MS/MS, technologie de référence
L'acquisition d'une chromatographie liquide couplée à la spectrométrie de masse en tandem (LC-MS/MS) permettra de :
- Réaliser localement plus de 90 % des analyses médico-légales, en conformité avec les textes réglementaires (article R.235-5 du Code de la route, arrêté du 13 décembre 2016).
- Analyser simultanément plusieurs centaines de substances en une seule analyse — stupéfiants, médicaments, nouveaux produits de synthèse (NPS), substances de soumission chimique.
- Permettre l'analyse des prélèvements salivaires directement issus des contrôles routiers, sans systématiquement présenter le conducteur à un personnel médical pour réaliser un prélèvement sanguin.
- Réduire drastiquement les délais de transmission des résultats aux autorités judiciaires.
- Identifier les causes toxicologiques de décès en contexte médico-légal post-mortem.
L’appareil sera livré et installé au laboratoire du CHT fin 2026. Le coût total de cet équipement s’élève à 60 millions de francs financés par l’État (25 %), la Nouvelle-Calédonie (25 %), le CHT (30 %) et la province Sud (20 %).
Point d’étape de la feuille de route du PTSPD
- Structure d'accueil Thérapeutique, Éducatif et Pédagogique
La création d'une structure d'accueil des jeunes à besoins thérapeutiques, éducatifs et pédagogiques en Nouvelle-Calédonie répond à un besoin identifié depuis 2019 par les acteurs de terrain et confirmé par la justice. Cette structure médico-sociale accueillerait des enfants et adolescents présentant des troubles importants du comportement — sans déficience intellectuelle ni troubles psychotiques — qui perturbent gravement leur socialisation et leur accès aux apprentissages. Actuellement, aucune offre médico-sociale n'existe pour ces jeunes sur le territoire.
Une étude approfondie des besoins est actuellement menée pour définir précisément la nature et le dimensionnement de l'établissement à créer.
- Encadrement de la vente d'alambics et de méthanol
Face à la production illicite d'alcool artisanal et aux intoxications graves au méthanol (alcool à brûler) constatées sur le territoire — notamment parmi les populations les plus vulnérables — le PTSPD a engagé deux textes réglementaires complémentaires.
Un avant-projet de loi du pays (DDOFD) a été rédigé et est désormais déposé au Congrès de la Nouvelle-Calédonie. De plus, un arrêté du gouvernement portant restriction de vente d'alcool à brûler (méthanol) a été présenté au gouvernement le 13 mai 2026. Il prévoit notamment l’interdiction de vente aux mineurs ainsi que la possibilité de contrôle d'identité par les commerçants.
- Campagne de prévention des consommations pendant la grossesse
Le Baromètre Santé 2022 révèle des niveaux de consommation de substances psychoactives pendant la grossesse particulièrement préoccupants en Nouvelle-Calédonie. Les conséquences peuvent être dramatiques : prématurité, fausses couches, retard de croissance, mort subite, malformations, déficit intellectuel, troubles du comportement et addictions futures chez l'enfant.
Pour y répondre, le PTSPD, lance une campagne de communication pilotée par le cabinet d'Isabelle Champmoreau, à destination des futures mères et de leur entourage.
- Entretiens individuels en lycée — prévention des addictions
Un dispositif innovant d'entretiens individuels sera déployé dans 5 lycées publics de Nouvelle-Calédonie, dans le cadre d'un projet pilote, pour détecter précocement les comportements à risque liés aux addictions. Il cible les élèves de seconde (générale et professionnelle) et de première année de CAP.
« C'est une nouveauté. Ce dispositif permettra de discuter avec nos jeunes lycéens de manière individuelle de la question de la prévention des addictions et de la santé sexuelle, a indiqué Isabelle Champmoreau. Pour nous, ça fait un lien en prévention avec la consommation, mais aussi tout ce qui est comportement au sein de la cellule familiale, du couple et donc la prévention par exemple sur les violences intrafamiliales ».
Ce projet pilote est déployé cette année en lien avec l'ASSNC, dans le cadre du plan de santé mentale. Il sera reconduit chaque année.
- Lutte contre la récidive
Avec un fort taux de récidive (évalué à plus de 50 %), la population carcérale calédonienne cumule des problématiques complexes : addictions, déficit de formation professionnelle, pathologies somatiques et psychiatriques non ou mal prises en charge. Briser ce cycle est un impératif pour réduire durablement la délinquance.
Un groupe de travail pluripartite a été constitué, associant la Justice, la direction de la Protection judiciaire et de l’enfance et de la jeunesse (DPJEJ), la direction des Affaires sanitaires et sociales (DASS), le CHT, l'ASSNC, les provinces, le Vice-rectorat ainsi que le monde économique et associatif. Les travaux sont déjà engagés, notamment sur la validation des acquis de l'expérience (VAE), outil concret de réinsertion professionnelle par la reconnaissance de compétences acquises en détention.
- ANTAI et modernisation du traitement des infractions routières
Le haut-commissariat, en lien avec les services de la Nouvelle-Calédonie, la direction du Numérique et de la modernisation (DINUM), les forces de sécurité de l'Intérieur et l'Agence nationale de traitement automatisé des infractions (ANTAI), conduit depuis février 2026 une étude de faisabilité portant sur la modernisation du traitement des infractions et le développement de solutions numériques de paiement dématérialisé des amendes.
Le projet vise à simplifier les démarches des usagers grâce au paiement numérique des amendes, améliorer l'efficacité du traitement des infractions, renforcer les capacités de recouvrement, moderniser les outils des forces de sécurité, et préparer le développement de procès-verbaux électroniques et d'amendes forfaitaires délictuelles (AFD) — particulièrement utiles dans la lutte contre la consommation de stupéfiants.
La réussite du Plan territorial de sécurité et de prévention de la délinquance repose sur la mobilisation durable de l'ensemble des acteurs institutionnels et leur capacité à travailler de manière coordonnée et efficace. La méthode pragmatique adoptée — centrée sur un nombre limité d'actions concrètes, mesurables et financées — a démontré sa pertinence et sera maintenue pour les prochains COPIL.