Forum H2O, vers une politique partagée de l’eau

Du 18 au 20 avril, le Forum H2O, mis en place par le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, a eu pour objet d’organiser une réflexion d’ensemble sur la politique de l’eau mobilisant tous les acteurs concernés : collectivités, institutions, associations, agriculteurs, professionnels... De cet espace participatif, 250 propositions ont émergé. Ce matériau servira de base à la construction de la politique publique de l’eau.

Mise à jour : 05 juin 2018

Nicolas Metzdorf, en charge de la politique de l’eau au Gouvernement et Didier Poidyaliwane, en charge du développement  durable,  se  sont  conjointement  engagés à ce qu’un schéma d’orientation de la politique de l’eau soit présenté au Congrès avant la fin de cette année.

 

La politique de l’eau, issue du Forum H2O, doit répondre à trois défis majeurs :

  • fournir en eau, en qualité et en quantité, toutes les populations de Nouvelle-Calédonie, quelle que soit la saison.
  • fournir de l’eau pour assurer la compétitivité économique de notre pays.
  • consolider la préservation des milieux, afin d’obtenir un équilibre harmonieux entre nature et développement.

 

Le Forum H2O a réuni 300 personnes qui ont participé aux trois jours de travaux.

Le Forum H2O a réuni 300 personnes qui ont participé aux trois jours de travaux.

 

 

Réunis en ateliers, les acteurs de l’eau ont travaillé sur quatre grandes thématiques : la santé, l’économie, l’aménagement et l’environnement. Le but de cette large concertation était de dresser un état des lieux, d’identifier et de définir des orientations prioritaires, ainsi que les moyens de les mettre en œuvre.

 

Synthèse du Forum

 

De façon transversale aux quatre grandes thématiques étudiées lors du Forum, il ressort de façon systématique la nécessité de faire progresser :

 

  • le droit de l’eau et le cadre réglementaire : à travers une loi sur l’eau ou un code de l’eau, il convient de préciser le cadre normatif des eaux de consommations comme celui des rejets d’eaux usées, d’appliquer les principes pollueurs-payeurs selon la logique Éviter-Réduire-Compenser, de préciser le statut de l’eau, l’état des masses d’eau ou encore de protéger les zones humides.

 

  • le financement de la politique de l’eau : par la mise en place d’un fonds commun, d’une fiscalité « verte », ou encore d’une tarification des usages permettant de donner une valeur à l’eau et ainsi de limiter les consommations et les pollutions, il s’agit de sécuriser, développer, diversifier, coordonner à l’échelle pays des moyens financiers à la hauteur des résultats attendus d’une politique de l’eau ambitieuse.

 

  • la gouvernance de l’eau : le partage et le développement des connaissances sont nécessaires pour alimenter des outils de planification qui doivent être coordonnés à l’échelle du pays et au travers de son mille-feuilles institutionnel. Par des compétences clarifiées et rassemblées au sein d’une mission interservices de l’eau qui pourrait être amenée à évoluer vers une agence ou une direction pays, il s’agira de coordonner un plan d’action pour l’eau à décliner au niveau local, par unité de bassins versants homogènes, suivant une démarche participative de type de comité de gestion ou conseil de l’eau.

 

Nicolas Metzdorf (à g.) et Didier Poidyaliwane (à d.).

Nicolas Metzdorf (à g.) et Didier Poidyaliwane (à d.).

 

 

Et ensuite

Le matériau issu du Forum H2O servira de base à la construction de la politique publique de l’eau qui impliquera en premier lieu l’ensemble des échelons administratifs (gouvernement, provinces, communes, voire État) dans un format inter-services  dénommé  MISE  (Mission  Inter-Services de l’Eau), qui en a reçu mandat. Elle devra produire ses travaux pour la fin de l’année. D’autres temps de co-construction de cette future politique publique de l’eau seront aussi initiés par la MISE.

 

En savoir +

Le bilan complet des ateliers, les différentes interventions et les chiffres clés sont téléchargeables dès à présent sur les sites : www.forumH2O.nc et www.davar.gouv.nc

Les comptes rendus exhaustifs des travaux réalisés par les participants seront disponibles très prochainement.

Bilan des ateliers 

192 participants se sont penchés sur ce thème et ont planché sur quatre sujets : distribuer de l’eau potable, assainir l’eau pour la santé de tous, de l’eau en tout temps et améliorer la per- formance des réseaux et des services.

 

53 résultats attendus, considérés comme prioritaires, ont été dégagés par les participants. Retrouvez ici quelques exemples.

 

  • Une meilleure protection de la ressource : mieux connaître les ressources stratégiques et protéger les captages sont les priorités. Cela nécessite des efforts de sensibilisation et des outils tels que des diagnostics et cartographies des réseaux et des ressources.

 

  • Une eau pour tous, traitée et contrôlée : tendre vers une eau de qualité et à un juste prix pour tous (avec des solutions alternatives pour les zones isolées) est un objectif important. Il est également nécessaire de mieux informer la population sur la qualité de l’eau proposée. Pour ce faire, les compétences et les outils techniques du personnel des collectivités doivent être développés.

 

  • Performance des réseaux et des services : tendre à une consommation de 150 litres par habitant et par jour contre la moyenne des 300 litres actuellement. Les améliorations du réseau doivent tendre vers un rendement de 80 %. Cela devra passer par la formation des personnels des collectivités et la mise en place d’indicateurs de mesures et d’optimisation. La meilleure façon de protéger notre ressource et d’en diminuer les coûts est de respecter notre bien commun.

 

  • Développement des compétences : former les acteurs privés pour tout ce qui est relatif à l’assainissement et doter les services municipaux de personnel formé à l’exploitation.

 

  • Traitement des eaux usées  pour préserver les eaux de loisirs : les rejets d’eaux usées doivent être maîtrisés et la performance des ouvrages d’assainissement accrue. Il sera nécessaire de définir le cadre réglementaire associé et de concrétiser le dispositif des SPANC (Schéma public d’assainissement non collectif).

 

  • Sensibilisation de la population et des  principaux  acteurs : établir une base de données générale de l’eau et améliorer l’information des populations. Le recours aux autorités coutumières pour obtenir leur soutien en matière de sensibilisation à la gestion de l’eau et aux coûts des services de l’eau, a également été proposé.

208 personnes ont travaillé sur cette thématique. Les questionnements ont tourné autour de quatre axes : l’eau, ressource de l’industrie, de la mine et de l’énergie, l’eau moteur de l’auto- suffisance alimentaire, l’eau un bien à partager entre tous les usagers, l’eau un potentiel économique et d’innovations pour l’avenir.

 

68 résultats attendus ont été dégagés par les participants. Retrouvez ici quelques exemples.

 

  • Préserver la ressource : il a été fixé comme objectif de réduire la consommation actuellement deux fois plus élevée qu’en Métropole, de réguler les nuisances du passif minier, et de pouvoir recycler les eaux usées.

 

  • Adapter l’agriculture à la ressource : tout en se basant sur le savoir-faire traditionnel, il est nécessaire d’amener la population à adapter leurs cultures au climat, à développer l’agroforesterie et à s’orienter vers une agroécologie (choisir les espèces en fonction de la ressource).

 

  • Stocker et transporter de l’eau : pour pouvoir approvisionner le pays en eau toute l’année à un coût raisonnable, il est nécessaire d’avoir des infrastructures adaptées pour le transport et le stockage. De plus, il faut réfléchir à la manière d’économiser la ressource et mieux la valoriser. De la même manière, il convient de mettre à niveau, renforcer nos infrastructures de stockage, de transfert, et de distribution que ce soit pour l’eau économique et l’eau santé. Des constats ont été dressés : pas d’investissement depuis 20 ans dans le stockage de l’eau ; souvent plus de 50 % de fuite dans les réseaux en Nouvelle-Calédonie ;  30 % des captages possiblement en rupture à l’étiage pour l’eau potable ; 10 000 hectares supplémentaires à irriguer soit 30 % d’augmentation de la fourniture d’eau agricole à compenser par des stockages ou des transferts.

 

  • Innover autour de l’eau : favoriser l’émergence de l’innovation notamment en définissant 3 projets innovants à accompagner.

160 personnes se sont réunies autour de cette thématique. Quatre sous-thématiques ont été abordées : aménager pour faire face aux risques ; réaliser des ouvrages pour l’eau ; penser l’eau comme variable d’aménagement du territoire ; chercher à améliorer le lien eau-espaces-hommes.

 

53 résultats attendus ont été dégagés par les participants. Retrouvez ici quelques exemples.

 

  • Acquérir, centraliser et partager la connaissance : c’est un point commun à chacune des thématiques. En plus de la connaissance de la ressource, il s’agit d’identifier les aléas et les sources de pollution afin de mieux en caractériser les enjeux et de les cartographier.

 

  • : établir un schéma directeur adapté à une échelle territoriale cohérente en prenant en compte la spécificité des terres coutumières. Optimiser l’utilisation de l’eau, la préserver et limiter les risques… Tenir compte de la dimension eau dans les plans d’aménagement et les outils de planification, dans l’intérêt général et non particulier.

 

  • Protéger la ressource en eau et réduire les risques : il a été réaffirmé le besoin de protéger et de restaurer les têtes des bassins versants, ainsi que les ressources superficielles et souterraines en établissant systématiquement des Périmètres de Protection des Eaux. Des objectifs ambitieux qui devront être atteints à 100 % en 2030.

 

  • Aménager des infrastructures : il faut renforcer la ressource, stocker de l’eau brute pour les besoins économiques et en eau potable, et développer les installations de traitement de l’eau pour la rendre potable pour toutes nos populations.

 

  • Gérer les situations d’urgence : afin que les épisodes tragiques d’inondations ou de glissements  de  terrain  ne se reproduisent plus, l’accent a été mis sur l’efficacité des plans de prévention, d’alertes et d’évacuation. Cela passe par une meilleure connaissance topographique, hydrologique, mais également par une meilleure répartition des compétences. La gestion des épisodes de sécheresse nécessite aussi une meilleure information et organisation des acteurs institutionnels.

 

  • Porter les valeurs et valoriser le patrimoine eau : définir un statut de l’eau autour de la notion de « bien commun » selon les références locales.

 

  • Gérer les eaux pluviales de manière optimisée : l’objectif est de pouvoir d’ici huit ans réutiliser 100 % des eaux usées traitées dans l’espace public et privé.

 

  • Développer le tourisme : créer des vocations économiques en valorisant des sites remarquables le long des cours d’eau, sans hésiter à en développer de nouveaux.

182 participants ont travaillé sur les thèmes : l’eau menacée par l’érosion et les pollutions, un milieu de vie à préserver, l’eau menacée par le changement climatique et quelles protections pour l’eau en Nouvelle-Calédonie.

 

41 résultats attendus ont été dégagés par les participants. Retrouvez ici quelques exemples.

 

  • Limiter les menaces impactant la ressource en eau : diminuer les dégâts causés par les feux, les espèces envahissantes et l’érosion. Les effets du changement climatique doivent être pris en compte dans la politique de l’eau. L’objectif est de connaître, maîtriser et réduire les pollutions.

L’exemple de Nouméa, où 60 % seulement des foyers sont raccordés aux réseaux d’assainissement collectifs, a été mis en avant. De même, à l’exception de la province Nord et de la Ville de Nouméa, aucune autre collectivité n’a établi de normes sur l’assainissement individuel. Il faut renforcer les actions de terrain puisqu’actuellement on ne compte qu’un agent pour contrôler 100 installations classées. A également été pris en considération la problématique des rivières engravées, des eaux rouges et le passif d’un siècle d’exploitation minière qui meurtrit terres, rivières et lagons.

 

  • Sensibiliser tous les publics pour répondre aux enjeux de la ressource en eau : formation, sensibilisation et pédagogie seront les maîtres mots de cette action afin que la société calédonienne soit pleinement consciente et engagée sur les enjeux liés à la protection de la ressource, et ce dès 2019.

 

  • Disposer d’une réglementation à la hauteur des enjeux de la ressource en eau : un cadre juridique pays doit définir des normes en matière de rejets dans le milieu récepteur, de débit minimum biologique. Des moyens de police adaptés doivent être mis en place. Les zones humides doivent également faire l’objet d’une protection réglementaire renforcée.

 

  • Mieux connaître pour mieux protéger : mettre en place un portail d’échange de données opérationnel et renforcer le suivi de la ressource en eau. Mieux connaître pour mieux décider.

 

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